Le mildiou de la tomate est la maladie la plus redoutée au potager. Cette maladie cryptogamique est due à un champignon, Phytophthora infestans, qui profite de la moindre humidité pour ravager les plants de tomates en un rien de temps. La clé n'est pas tant de le traiter — c'est très difficile une fois installé — que de le prévenir et de réagir aux premiers symptômes. Voici tout ce que je fais, chaque été, pour protéger mes tomates. Pour un tour d'horizon des autres soucis du plant, va voir mon guide des maladies de la tomate.
Reconnaître le mildiou de la tomate

Les premiers signes : des taches brunes à noires, d'aspect huileux, sur le feuillage et les tiges, parfois soulignées d'un duvet blanc au revers des feuilles par temps humide. Les fruits se marbrent, brunissent et durcissent. Le mildiou file du bas vers le haut du plant, très vite — c'est fulgurant.
Observe bien chaque étage : ces taches brunes commencent souvent sur les feuilles basses, les plus proches du sol humide, avant de gagner les tiges puis les grappes. En 3 à 5 jours de temps couvert, un pied vert peut être totalement noirci. C'est cette rapidité qui trahit le mildiou et le distingue des autres maux de la tomate.
Ne pas confondre le mildiou avec…
- Le cul noir (nécrose apicale) : tache noire sèche au bas du fruit, sans duvet, due à un manque de calcium et des arrosages irréguliers — ce n'est pas une maladie.
- L'alternariose : taches brunes concentriques en forme de cible sur les feuilles, plus lentes à s'étendre.
- Un simple manque d'eau : feuilles molles et retombantes, mais sans tache brune huileuse ni duvet.
Causes et conditions favorables
Le développement du mildiou tient à un trio incontournable : le champignon Phytophthora infestans, présent dans l'air et sur les résidus de culture ; de l'humidité (pluie, rosée, feuillage mouillé plus de deux heures) ; et des températures douces, entre 15 et 25 °C. Réunis, ces trois facteurs suffisent : les spores germent sur une feuille humide en quelques heures et la contamination démarre.
C'est pourquoi les étés orageux, les nuits fraîches et humides et les arrosages sur le feuillage sont si propices à cette maladie fongique. La propagation se fait ensuite par le vent et les éclaboussures de pluie, de plant en plant. Le même Phytophthora infestans frappe la pomme de terre : un pied de patate malade à côté de tes tomates, et le risque d'infection grimpe en flèche. Enfin, le champignon survit d'une année sur l'autre dans le sol et les débris : d'où l'importance de tout nettoyer en fin de saison.
Prévenir le mildiou (l'essentiel)

Sur mon balcon parisien de 6 m², mes pieds sont serrés : je supprime alors systématiquement les feuilles basses et les gourmands pour faire circuler l'air, et je surveille l'arrosage des tomates au goutte-à-goutte, au ras du terreau. Un feuillage qui sèche vite après la pluie, c'est déjà la moitié du préventif gagnée.
Les gestes qui évitent le mildiou
- Arroser au pied, le matin, sans jamais mouiller le feuillage.
- Espacer, tuteurer et effeuiller le bas des plants de tomates pour aérer.
- Pailler le sol et abriter les pieds de la pluie et de la rosée.
- Pratiquer la rotation des cultures et nettoyer les résidus en fin de saison.
- Choisir des variétés de tomates résistantes (voir ci-dessous).
Des variétés de tomates résistantes au mildiou
Aucune variété n'est totalement immunisée, mais certaines sont bien plus résistantes au mildiou et tiennent plusieurs semaines de plus quand tout le reste flanche. Sur un été pourri, ce sont souvent les seules qui donnent encore. Voici celles que je conseille de tester, en gardant toujours les gestes préventifs à côté :
Variétés réputées tolérantes
- Fandango F1 et Maestria F1 : hybrides très tolérants, productifs, idéaux en climat humide.
- Fantasio F1 et Pyros F1 : valeurs sûres, bonne résistance au mildiou et bon rendement.
- Crimson Crush F1 : réputée parmi les plus robustes face à Phytophthora infestans.
- Resi : petite variété à ressemer (non hybride), tolérante et parfaite en pot.
Ces variétés de tomates ne remplacent pas la prévention, mais elles offrent une marge précieuse. Je les associe toujours à une conduite soignée dès la plantation des tomates : un plant vigoureux dans un potager équilibré résiste toujours mieux qu'un pied stressé.
Traiter le mildiou : les traitements qui aident vraiment
Soyons clairs : une fois le mildiou bien installé, aucun traitement ne le fait reculer. Tous ceux qui suivent sont des traitements naturels ou de contact à visée préventive — ils forment une barrière avant l'infection, ou freinent la propagation du mildiou sur les tiges encore saines. Pour lutter contre le mildiou, on les applique dès que le temps devient doux et humide, par temps sec, sur le dessus et le dessous des feuilles.
| Traitement | Dosage | Fréquence | Rôle |
|---|---|---|---|
| Bouillie bordelaise | 10 à 20 g/L d'eau | Après chaque grosse pluie | Préventif de référence (cuivre, avec modération) |
| Bicarbonate + savon noir | 5 g/L + 1 c. à café de savon noir | Tous les 8 à 10 jours | Barrière alcaline sur la feuille |
| Décoction de prêle | Diluée à 20 % | Tous les 15 jours | Renforce l'épiderme des feuilles |
| Purin d'ortie | Dilué à 10 % | Régulièrement, en saison | Fortifie le plant, stimule ses défenses |
| Lait dilué | 1 volume de lait / 9 d'eau | 1 fois par semaine | Appoint doux, action préventive légère |
Le bicarbonate de soude mérite un mot : il agit en rendant la surface de la feuille alcaline, un milieu où le champignon peine à s'installer. C'est efficace avant la maladie, pas après. La bouillie bordelaise reste le traitement préventif le plus fiable, mais le cuivre s'accumule dans le sol : on l'utilise avec parcimonie, jamais « au cas où ».
Et quand les taches sont là ? On agit vite : couper et brûler les parties atteintes (jamais au compost), stopper l'arrosage sur le feuillage, aérer davantage. Si un plant de tomate est très touché, mieux vaut l'arracher entièrement pour protéger les voisins. Garde aussi un œil sur l'oïdium, l'autre grand champignon du potager, qui se traite lui aussi au bicarbonate et à la prêle.
Manger les fruits, sauver ou arracher les plants
Peut-on manger les tomates ? Les fruits marqués de taches brunes dures se conservent mal : on les écarte. Mais les tomates encore saines d'un plant touché se récoltent et se mangent sans souci, à faire mûrir à l'abri, sur une claie au sec. Le mildiou n'est pas dangereux pour l'humain — c'est un souci de récolte, pas de santé.
Faut-il tout arracher ? Pas forcément d'un coup. Tant qu'un pied garde des tiges et des grappes saines, on retire au fur et à mesure le feuillage atteint et on récolte ce qui peut l'être. Mais dès qu'un plant est noirci aux trois quarts, il devient une source de contamination : on l'arrache et on l'évacue loin du potager pour couper la propagation. En fin de saison, on nettoie tout, car le champignon hiverne dans les résidus.
