La première fois que j'ai voulu équiper mes bacs, j'ai regardé le prix des jarres toutes faites, puis mon nombre de pieds de tomates, et j'ai refermé l'onglet. Il m'en fallait cinq. Au fond du placard du balcon dormaient une pile de pots de fleurs et une boîte de bouchons de liège. L'après-midi même, j'avais mes premières réserves.
Fabriquer un oya soi-même ne demande ni tour de potier ni talent particulier. Un pot en terre cuite bien poreux, un trou bien bouché, un couvercle : le reste, c'est le sol qui s'en charge. J'en ai monté pour mes bacs et pour le jardin partagé du quartier, avec deux méthodes que je te détaille ici, et les erreurs qui font tout rater.
Pourquoi utiliser des oyas maison ?
Un oya, ou olla en espagnol, c'est une jarre d'argile non émaillée qu'on enterre près des cultures et qu'on remplit. L'eau traverse lentement la paroi et humidifie la terre autour. Tant que le sol reste humide, elle ne bouge presque plus ; dès qu'il sèche, il la tire de nouveau à travers les pores. Les racines finissent souvent par s'enrouler autour de la jarre pour puiser de l'eau à la source. La technique vient d'Afrique du Nord et elle a plusieurs millénaires derrière elle, d'après la fiche PACE sur l'irrigation par jarres enterrées.
Pourquoi la faire soi-même ? Parce que les ollas façonnées par des artisans coûtent souvent cher, comme le note l'Université d'Arizona, qui propose justement de modifier de simples pots de jardinerie. Ensuite parce que tu adaptes la taille à ton bac au lieu de composer avec les formats du commerce. Et parce que sur une planche où chaque légume a soif, il en faut plusieurs.
L'intérêt, c'est l'économie d'eau. La même fiche de l'Université d'Arizona cite une étude qui chiffre ce mode d'irrigation à 60 à 70 % d'eau en moins qu'à l'arrosoir : rien ne s'évapore en surface, rien ne ruisselle, chaque litre part vers les racines.
Mon premier essai n'a rien donné
J'avais pris un joli pot récupéré chez une voisine, vernissé à l'intérieur. Trois jours plus tard, le niveau n'avait pas bougé et mes basilics tiraient la langue. La paroi doit être brute des deux côtés : c'est la seule condition non négociable de tout ce tutoriel.
Le matériel pour fabriquer un oya
Tout se trouve en jardinerie ou en magasin de bricolage, et l'ensemble tient dans un cabas. La LPO, qui publie un tutoriel pas à pas, compte environ une heure de réalisation pour la version à un seul pot.

Ta liste de courses
- Un ou deux pots de fleurs en argile brute, non émaillés, non vernis, non peints. Méfie-toi des pots en céramique décorative, souvent vitrifiés.
- Un bouchon en liège un peu plus large que le trou du fond. À défaut, un éclat de carrelage, que l'Université d'Arizona colle sur le trou au silicone.
- Une soucoupe retournée ou une assiette qui servira de couvercle.
- Pour la version à deux pots : un silicone de qualité alimentaire ou un mastic pour aquarium.
- Un cutter, un chiffon humide, un bout de fil de fer ou d'adhésif pour tenir l'assemblage pendant le séchage, une petite pelle et un peu de paille.
Quelle taille de pot choisir ?
Le diamètre commande tout : la contenance, l'autonomie et la surface arrosée. Je n'ai pas voulu te donner mes estimations au jugé ; voici plutôt ce que publient ceux qui ont mesuré.
| Montage | Contenance | Source |
|---|---|---|
| 1 pot d'environ 15 cm | environ 1,2 L | blog-habitat-durable.com |
| 1 pot d'environ 18 cm (7 pouces) | environ 1,9 L (un demi-gallon) | Colorado State University Extension |
| 2 pots d'environ 18 cm collés | environ 3,8 L (un gallon) | Colorado State University Extension |
| 1 pot d'au moins 20 cm | environ 3 L | LPO |
La fiche PACE donne un repère complémentaire : 2 à 5 L, c'est pratique, et 10 à 20 L conviennent aux grandes plantes ou si tu veux espacer les remplissages. Pour un premier essai, je te conseille un pot moyen, qui reste léger une fois plein et que tu peux déplacer sans y laisser le dos.
Méthode 1 : comment fabriquer un oya avec un seul pot
C'est la version express, sans colle, celle que décrivent la LPO et la plupart des tutoriels. Un pot, un liège, une soucoupe.
- Bouche le trou du fond par l'intérieur, jamais par l'extérieur : la pression de l'eau plaque alors le liège contre la paroi au lieu de le chasser. Visse-le dans le trou en forçant, jusqu'à ce qu'environ un quart de sa hauteur dépasse sous le pot, comme l'indique la LPO. Trop gros ? Taille ses côtés au cutter.
- Remplis à moitié et laisse reposer une nuit. Il peut fuir un peu au début : en gonflant au contact de l'eau, le liège devient étanche.
- Creuse, enterre le pot en laissant dépasser le col, puis remplis-le.
- Pose la soucoupe retournée par-dessus. Elle freine l'évaporation, empêche les moustiques de pondre et évite à la petite faune de s'y noyer.
Simple, mais avec une limite : la partie inférieure du pot, plus étroite, offre moins de surface d'échange avec le sol. Pour un bac de balcon, ça me suffit largement. Pour une tomate en pleine terre au mois d'août, je passe à la version suivante.
Méthode 2 : deux pots en terre cuite collés

Deux pots identiques, l'un posé normalement, l'autre retourné dessus, collés bord à bord : tu obtiens une vraie jarre ventrue. C'est le montage proposé par l'Université d'Arizona et par l'Extension du Colorado, et c'est celui que j'installe en pleine terre.
- Bouche le trou du pot du bas, au liège ou avec un éclat de carrelage siliconé. Garde celui du haut ouvert : c'est par là que tu rempliras.
- Dépose un cordon de silicone régulier sur tout le bord d'un pot, sans interruption, sur une terre sèche. Retourne le second dessus, presse, essuie le surplus au chiffon humide.
- Maintiens l'ensemble avec deux tours de fil de fer ou d'adhésif, et laisse sécher à l'ombre, à l'abri des rayons du soleil, le temps indiqué sur la cartouche.
- Fais la mise en eau hors sol, sur une dalle, avant d'aller creuser. C'est le moment de rattraper un défaut, pas quand la jarre est déjà enterrée entre deux pieds de courgette.
Le détail qui change tout
Choisis deux pots du même lot et pose-les l'un sur l'autre en magasin avant de les acheter. S'ils ne jointent pas bien, le cordon de colle sera épais par endroits, et c'est toujours là qu'il finit par lâcher.
Tester la porosité et l'étanchéité avant d'enterrer
C'est l'étape qu'on saute trop souvent, et c'est elle qui distingue une réserve qui arrose d'un pot qui reste plein tout l'été. Une argile trop cuite ou traitée en surface diffuse mal, même sans vernis visible. La fiche PACE rappelle qu'une poterie n'est poreuse que si elle a été cuite à température modérée et laissée sans émail.
Le test qu'elle propose est d'une simplicité désarmante : remplis ton oya fait maison, ou asperge-le. Si la surface extérieure devient humide rapidement, il est poreux. Si elle reste sèche, la terre est vitrifiée : garde ce pot pour tes semis et retourne en chercher un autre.

Pour l'étanchéité, regarde le fond et le joint. Un suintement diffus sur toute la paroi, c'est normal, c'est justement ce que tu cherches. Un filet net au niveau du liège ou du cordon de colle, c'est une fuite : un point de silicone, et on recommence le test.
Une fois enterrée, la jarre se régule toute seule : tant que la terre reste humide, elle ne libère presque rien ; dès que le sol sèche, la diffusion repart. De quoi éviter le stress hydrique à tes plantes en pleine sécheresse, à condition de ne pas la laisser à sec.
Enterrer l'oya et planter autour

La fiche PACE conseille un trou environ trois fois plus large et deux fois plus profond que la jarre, un fond décompacté, puis de la terre mêlée de compost tassée tout autour. Le haut du pot dépasse d'environ 2 cm : assez pour remplir, et pour le repérer.
Ensuite, installe chaque plante tout près. C'est l'erreur la plus courante selon cette même fiche : planter trop loin, hors de la terre mouillée. Elle recommande de semer ou de repiquer à 1 à 3 cm du bord de la jarre.
Car la zone arrosée est étroite. L'Université d'Arizona donne comme repère une zone humide d'un diamètre environ double de celui de l'oya, et l'Extension du Colorado rapporte une mesure qui plafonne à une vingtaine de centimètres autour de la paroi. Pour couvrir une planche, prévois donc plusieurs jarres, assez rapprochées pour que leurs zones humides se rejoignent ; l'espacement idéal dépend de ton sol, de tes cultures et du climat.

Le mieux reste d'installer ta réserve au moment de la plantation. Même alors, un jeune plant a besoin d'arrosages d'appoint : l'Université d'Arizona prévient qu'il peut falloir un mois ou plus avant que ses racines trouvent la jarre et s'en contentent.
Pour le rythme, aucune règle fixe. Il varie avec le sol, la météo et les plantes : les petits pots se remplissent tous les quelques jours, les grosses jarres tiennent bien plus longtemps. Ouvre le couvercle, regarde le niveau, remets de l'eau avant qu'elle soit à sec.
Une question revient souvent : l'eau ne risque-t-elle pas de chauffer là-dedans ? La jarre est enterrée et couverte, à l'abri du soleil direct. Pour limiter encore les pertes, complète avec un bon paillage du potager : la surface reste couverte et chaque remplissage dure plus longtemps.
Oya avec une bouteille en plastique et autres variantes
« Par quoi remplacer les oyas ? » La question revient sans arrêt, souvent avec la bouteille en tête de liste. Voici ce que valent les alternatives que j'ai essayées sur mon balcon.
La bouteille en plastique percée

Le site Minizap décrit la méthode : quelques trous d'un à deux millimètres dans la partie basse, percés au fil de fer chauffé, puis le bouchon revissé pour que l'eau ne parte qu'au rythme où la terre la réclame.
Ça dépanne pour une absence, et c'est une deuxième vie pour une bouteille. Mais le plastique n'est pas poreux : l'eau ne sort que par quelques trous, pas par toute la paroi. Je la garde pour les urgences.
Façonner ses propres oyas en argile
Si tu as accès à un four de céramiste, tu peux monter tes propres oyas au colombin ou au tour. La fiche PACE insiste sur la cuisson, à garder sous 1 000 °C, et conseille de tester plusieurs épaisseurs de paroi avant d'en produire une série. L'argile autodurcissante, elle, n'est jamais cuite : dans l'eau, elle ramollit. N'y compte pas.
Les systèmes sous pression
Le tuyau microporeux et le goutte à goutte couvrent de longues lignes, mais demandent une source d'eau sous pression. Pour un grand potager, c'est plus pratique. Pour quelques pieds gourmands, la terre cuite garde mon vote : elle diffuse à la demande, quand le goutte-à-goutte donne le même débit qu'il pleuve ou non. Et pour une logique écologique jusqu'au bout, remplis tes jarres avec un récupérateur d'eau de pluie : l'Université d'Arizona et la fiche PACE citent toutes deux l'eau de pluie récoltée pour remplir les jarres.
Inconvénients, entretien et hivernage
Une jarre bien montée dure. À Pueblo, les oyas de l'Extension du Colorado attaquaient leur quatrième saison en 2025. Deux ennemis, pourtant.
Le premier, c'est le colmatage. L'Université d'Arizona prévient que les sels de l'eau s'accumulent et bouchent les pores ; la fiche PACE ajoute que l'eau boueuse les obstrue aussi, et qu'une jarre laissée longtemps à sec s'encrasse plus vite. Le remède : la sortir, la brosser et la faire tremper.
Le second, c'est le gel. L'eau prise dans la paroi la fait éclater. Avant les gelées, les jardiniers de Pueblo sortent leurs pots, les vident et les laissent sécher complètement au soleil. Je fais pareil, puis je les range à l'abri, dans la même logique que pour protéger son potager du gel.
Les limites à connaître
- Le joint est le point faible : contrôle-le chaque printemps avant la mise en eau.
- Les jarres prennent de la place : sur un tout petit bac, c'est autant de terre en moins pour les racines.
- Le remplissage reste manuel : un oubli pendant une canicule, et le système ne sert plus à rien.
- Évite-les au pied des arbres et arbustes : l'Université d'Arizona les déconseille, leurs racines finissent par casser les pots.
Reste à choisir où les installer en priorité. Chez moi, elles vont d'abord aux légumes-fruits : c'est spectaculaire pour l'arrosage des tomates, qui détestent l'irrégularité et le feuillage mouillé, et très efficace dans les gros bacs qui sèchent en une journée de canicule. Pour le fonctionnement en détail et les modèles du commerce, mon guide complet sur les oyas prend le relais.
Sources
- University of Arizona Cooperative Extension, Irrigating with Ollas, fiche AZ1911 d'Amy Nickel et Andrew Brischke, mai 2021 (extension.arizona.edu/sites/default/files/2024-08/az1911-2021.pdf) : 60 à 70 % d'eau économisée par rapport à l'arrosoir (étude Ezekiel et al., 2017), ollas artisanales souvent chères, pots de jardinerie modifiés (trou couvert d'un éclat de carrelage et de silicone alimentaire, ou deux pots collés dont un trou reste ouvert), zone humide d'un diamètre environ double de celui de l'oya, remplissage selon le sol, la météo et les plantes, sels qui bouchent les pores, jeunes plants à arroser en complément jusqu'à un mois ou plus, plantes ligneuses déconseillées, eau de pluie compatible.
- Colorado State University Extension, Pueblo County, Olla Pots: An Ancient Irrigation Technique (pueblo.extension.colostate.edu/olla-pots-an-ancient-irrigation-technique/) : pot de 7 pouces pour environ un demi-gallon, deux pots collés, mastic alimentaire ou kit de réparation d'aquarium, portée maximale d'une vingtaine de centimètres, remplissage quotidien, pots vidés et séchés avant le gel, quatrième saison en 2025.
- PACE Project, Buried clay pot irrigation, Action Sheet 44 (paceproject.net/wp-content/uploads/2021/10/Buried-clay-pot-irrigation-Action-Sheet-44.pdf) : origine nord-africaine vieille de plusieurs millénaires, porosité liée à une cuisson modérée sans émail et sous 1 000 °C, test par remplissage ou aspersion, pots de 2 à 5 L et de 10 à 20 L, trou trois fois plus large et deux fois plus profond, haut du pot à 2 cm au-dessus du sol, plantation à 1 à 3 cm du bord, couvercle contre les moustiques, petits pots à remplir tous les quelques jours, colmatage par l'eau boueuse ou le manque d'eau, nettoyage par brossage ou trempage.
- LPO, Comment fabriquer des oyas avec des pots en terre cuite ?, tutoriel Refuges LPO (lpo.fr) : oya de 3 L à partir d'un pot d'au moins 20 cm, environ une heure de réalisation, bouchon vissé par l'intérieur et dépassant d'un quart de sa hauteur, pot rempli à moitié une nuit pour que le liège gonfle, couvercle contre les moustiques et la petite faune.
- blog-habitat-durable.com, Les Oyas : avantages et comment les fabriquer soi-même ? : pot de 15 cm pour une contenance d'environ 1,2 L.
- Minizap Pays Voironnais, Fabriquer une oya maison (minizap.fr) : bouteille percée de trous d'un à deux millimètres au fil de fer chauffé, bouchon revissé.
