L'aleurode, ou mouche blanche, est un ravageur redouté sous abri. Les aleurodes sont des insectes minuscules qui colonisent le revers des feuilles, affaiblissent les plantes et prolifèrent dans la chaleur confinée des serres. La tomate et les plantes d'intérieur sont leurs cibles favorites. Le bon traitement naturel contre les aleurodes ne tient pas à une astuce miracle, mais à une combinaison de gestes patients. Voici la mienne.
Reconnaître les aleurodes
Le test est simple : frôle une plante suspecte, et si un nuage de minuscules mouches blanches s'envole, ce sont des aleurodes. Au repos, l'aleurode et ses larves plates et translucides se tiennent au revers des feuilles, bien à l'abri du regard. L'aleurode des serres (Trialeurodes vaporariorum) est la plus commune au potager abrité. Un feuillage collant et l'apparition de fumagine noire trahissent une infestation déjà installée.
Les signaux qui ne trompent pas
- Un nuage blanc de moucherons qui s'envole dès qu'on secoue le feuillage.
- De petites écailles ovales et translucides collées au revers des feuilles : les larves.
- Un feuillage collant de miellat et un voile noir de fumagine qui ternit les feuilles.
Ces petits insectes blancs mesurent à peine un millimètre (1,1 mm pour la femelle de l'aleurode des serres). Ce ne sont d'ailleurs pas de vraies mouches : la famille des Aleyrodidae est cousine des pucerons et des cochenilles, et leurs ailes sont couvertes d'une fine poudre cireuse qui leur donne cet aspect farineux. Retourne délicatement une feuille : c'est sur la face inférieure des feuilles que tout se joue — œufs, larves et adultes s'y tiennent groupés, à l'abri du soleil et de la pluie. Un voile de champignon noir, la fumagine, qui pousse sur le miellat signe une colonie déjà installée depuis plusieurs semaines.
Le cycle de vie de l'aleurode, la clé du traitement
Comprendre le cycle de vie de ce ravageur explique pourquoi une seule pulvérisation ne règle jamais rien. Une femelle pond plus de 500 œufs au cours de sa vie, sur la face inférieure des feuilles, disposés en cercle sur les feuilles lisses. De ces œufs sortent des larves mobiles pendant une courte période seulement, qui se fixent ensuite et ne bougent plus : c'est le stade larvaire, une écaille plate et translucide qu'on prend facilement pour une simple tache. Au quatrième stade larvaire, la larve change de forme : c'est le puparium, d'où sort l'adulte ailé qui s'envole et recommence à pondre.
Entre 21 et 24 °C, ce cycle complet s'achève en un peu moins de trois semaines ; il passe sous les 20 jours à 27 °C et dépasse 40 jours à 14 °C. Voilà pourquoi les populations explosent dans les serres chauffées. Originaire d'Amérique tropicale ou subtropicale, l'aleurode des serres n'a pas de stade adapté à l'hiver : sous nos climats froids, elle ne survit que sous abri ou sur les plantes d'intérieur. Deux conséquences très concrètes : j'interviens tôt dans la saison, dès les premiers adultes repérés, et je répète les passages, dans la limite de l'intervalle fixé sur l'étiquette, pour cueillir les générations successives.
Dégâts et conditions favorables au développement

Comme le puceron, l'aleurode pique la sève : les plantes jaunissent, s'affaiblissent, et le miellat favorise la fumagine, qui bloque la photosynthèse. Les conditions favorables au développement des aleurodes ? La chaleur, l'air confiné des serres et un feuillage trop azoté.
Sur tomate, aubergine ou plantes d'intérieur, une forte infestation réduit nettement la vigueur et les récoltes. Ce sont des piqueurs-suceurs : elles se nourrissent de la sève en continu, et une colonie installée suffit à freiner la croissance d'un pied de tomate. Plus gênant encore, certaines espèces transmettent des virus d'un plant à l'autre en se déplaçant. D'où l'intérêt d'intervenir dès les premières mouches blanches repérées, avant que la population n'explose sous l'effet de la chaleur.
Quelles plantes sont attaquées, du chou aux plantes ornementales
Au potager, les tomates sous abri arrivent largement en tête, suivies de l'aubergine, du poivron et du concombre. Le chou a même son espèce dédiée : l'aleurode du chou (Aleyrodes proletella), qui hiverne sur les choux d'hiver et poudre le feuillage de blanc dès qu'on le frôle. Celle-là salit surtout la récolte plus qu'elle ne la détruit, mais elle prospère à l'extérieur, là où l'aleurode des serres ne tient pas.
Côté plantes ornementales, le fuchsia, le pélargonium, l'hibiscus et les rhododendrons sont des hôtes classiques, tout comme le tabac d'ornement. En véranda et sur les potées d'intérieur, la colonie passe l'hiver tranquillement et sert de réservoir pour la saison suivante : je traite toujours mes potées en même temps que la serre, sinon la réinfestation est garantie au printemps.
Traiter les aleurodes au naturel

Pour lutter contre les aleurodes sans chimie de synthèse, tout le monde pense au savon noir. Les savons insecticides homologués reposent sur des sels de potassium d'acides gras, et j'ai vérifié sur E-Phy, le catalogue officiel de l'Anses : ceux qui portent la mention « emploi autorisé dans les jardins » contre les aleurodes le sont sur les plantes d'intérieur et de balcon (PUCERONS CPJ) ou sur les fleurs, rosiers et arbustes (RAPID'TOTAL). Aucun ne l'est sur les légumes. Sur mes potées de balcon, je pulvérise le soir, en insistant bien sur le revers des feuilles où se cachent les larves.
La clé, c'est la régularité, dans les limites de l'étiquette : pour PUCERONS CPJ, E-Phy impose 7 jours au moins entre deux applications et 5 applications au plus. Plusieurs passages rattrapent les larves issues des œufs éclos entre-temps ; une seule pulvérisation ne suffit jamais. Un détail qui change tout : je prends un pulvérisateur à main réglé en brouillard fin et j'oriente la buse vers le haut, sous le feuillage — c'est là que se tiennent les stades larvaires, et un jet dirigé vers le dessus des feuilles ne sert quasiment à rien. L'azadirachtine, la substance active du neem, n'a sur E-Phy qu'un produit jardin contre les aleurodes, BOTAVER (associée aux pyréthrines), autorisé sur les fleurs, les plantes d'intérieur et le rosier : pas au potager, donc pas sur mes tomates. Quant au purin d'ortie, je m'en sers pour nourrir mes plants, pas pour chasser les aleurodes.
On évite les insecticides chimiques et les traitements systémiques : peu efficaces sur la durée (certaines populations résistent déjà à un ou plusieurs insecticides) et destructeurs pour les auxiliaires qu'on cherche justement à protéger. Le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude, souvent cités en remèdes de grand-mère, ne sont approuvés sur E-Phy que comme fongicides (et bactéricide pour le vinaigre) : aucun usage contre les insectes. Je les laisse de côté.
Si tu veux malgré tout un renfort du commerce sur tomate ou aubergine, E-Phy liste en emploi autorisé dans les jardins des produits à base d'huile essentielle d'orange douce avec un usage « Tomate - Aubergine, aleurodes » : LIMOCIDE-J, PREV-GARD et PREV-GOLD GARDEN. Les produits jardin au pyrèthre, comme ceux de la gamme Spruzit, ne sont autorisés contre les aleurodes que sur les fleurs et le rosier, et les produits jardin à l'huile de paraffine que j'ai consultés n'ont aucun usage aleurodes. Lis l'étiquette, et applique à la tombée du jour, quand les pollinisateurs sont rentrés. Cela reste un dépannage : les traitements naturels répétés et la lutte biologique donnent de bien meilleurs résultats sur une saison entière.
| Traitement | Recette / dose | Quand l'appliquer |
|---|---|---|
| Savon insecticide (sels de potassium d'acides gras) | Produit portant la mention « emploi autorisé dans les jardins », à la dose de l'étiquette ; contre les aleurodes, autorisé sur plantes d'intérieur et balcons (PUCERONS CPJ), pas sur les légumes | Sur larves et adultes ; 7 jours au moins entre deux applications, 5 au plus |
| Pièges jaunes englués | Plaques jaunes enduites de glu ou d'huile végétale, suspendues juste au-dessus du feuillage | En continu, dès la mise en place des plants ; remplacer dès que la plaque est saturée |
| Huile d'orange douce | LIMOCIDE-J, PREV-GARD ou PREV-GOLD GARDEN, en emploi autorisé dans les jardins, à la dose de l'étiquette | Usage « Tomate - Aubergine » contre les aleurodes ; 7 jours au moins entre deux applications |
| Azadirachtine (neem) | BOTAVER, seul produit jardin à base de neem autorisé contre les aleurodes sur E-Phy | Fleurs, plantes d'intérieur et rosier seulement : pas au potager |
| Purin d'ortie | Macération diluée avant pulvérisation | En préventif, pour la vigueur des plants ; je ne compte pas sur lui contre les aleurodes |
| Vinaigre blanc ou bicarbonate | Approuvés comme fongicides (et bactéricide pour le vinaigre), sans usage insecticide | À laisser de côté contre les aleurodes |
| Lâchers d'auxiliaires | Encarsia formosa et Macrolophus, dose selon la surface (fournisseur) | Dès les premiers foyers, sous serre surtout |
Les pièges jaunes englués
L'aleurode adulte est irrésistiblement attirée par le jaune vif. C'est tout l'intérêt des pièges englués jaunes : de simples plaques colorées, recouvertes d'une colle, sur lesquelles les mouches blanches viennent se coller en volant. Ils ne remplacent pas le traitement, mais ils réduisent le stock d'adultes qui pondent, et surtout ils servent de sentinelle — dès que la plaque se pique de points blancs, je sais qu'il faut agir.
Sur mon balcon, je fabrique ce piège collant moi-même : une planchette ou un carton jaune, enduit d'huile végétale épaisse ou de glu à insectes, suspendu juste au-dessus du feuillage. Je le renouvelle dès qu'il est saturé. Sous serre, je les accroche au-dessus de la culture dès la mise en place des plants, pour repérer les premières arrivées.
Les plaquettes jaunes vendues en jardinerie, souvent découpées en petits rectangles à planter dans le terreau, rendent le même service sur les plantes d'intérieur et en véranda. Pique-en dans les pots touchés : elles capturent les adultes avant qu'ils n'aillent coloniser la potée voisine, et te donnent une lecture immédiate de la pression du moment.
Les plantes qui repoussent les aleurodes
Certaines plantes brouillent le repérage des aleurodes par leurs odeurs, ou détournent les colonies loin des cultures fragiles. Je les glisse systématiquement entre mes pieds de tomate, en pot comme en pleine terre. C'est de la prévention gratuite, jolie et parfaitement compatible avec un potager bio.
Mes répulsives préférées contre la mouche blanche
- L'œillet d'Inde, la répulsive numéro un, à planter au pied des tomates de serre.
- Le basilic, dont l'arôme puissant désoriente les mouches blanches autant qu'il parfume la cuisine.
- La capucine, excellente plante-piège qui concentre les colonies loin des légumes.
- L'aneth et les aromatiques odorantes, qui attirent en plus les insectes auxiliaires.
La lutte biologique, reine sous serre
Sous serre, la lutte biologique est la solution la plus durable contre l'aleurode des serres. On introduit de petites guêpes auxiliaires, Encarsia formosa, qui pondent dans les larves : les nymphes parasitées noircissent, signe visible que l'auxiliaire fait son travail. C'est le grand classique du traitement biologique de la mouche blanche.
Je lui associe volontiers Macrolophus pygmaeus (ou caliginosus), une petite punaise prédatrice généraliste qui dévore œufs, larves et adultes — redoutable sur tomate sous abri. Les chrysopes complètent la brigade en s'attaquant à tout ce qui suce la sève. Ces auxiliaires régulent la colonie en continu, là où les pulvérisations seules finissent par s'essouffler. Un lâcher se fait dès les premiers foyers, quand la population est encore faible.
En plein air, les prédateurs naturels font déjà une bonne partie du travail sans qu'on ait rien à acheter : coccinelles, syrphes, chrysopes et petites araignées prélèvent leur part de larves au fil de la saison. Sous serre, ces prédateurs n'entrent pas tout seuls — c'est précisément pour cela qu'on les introduit. C'est tout le principe de la lutte biologique contre les ravageurs : remplacer le traitement par une chaîne alimentaire qui tourne.
Traiter selon le lieu : serre ou plein air
La même mouche blanche ne se combat pas tout à fait de la même façon sous une serre chaude et fermée qu'en plein air, où le vent et les prédateurs sauvages font déjà une partie du travail. Voici comment j'adapte ma stratégie.
| Critère | Sous serre ou véranda | Plein air et balcon |
|---|---|---|
| Risque | Élevé : chaleur, air confiné, peu de prédateurs | Modéré : le vent disperse, les auxiliaires sont présents |
| Priorité | Lutte biologique (Encarsia, Macrolophus) + pièges | Savon insecticide autorisé au jardin (plantes de balcon) + auxiliaires spontanés |
| Pièges jaunes | Posés au-dessus de la culture dès la plantation, pour détecter | Utiles surtout en surveillance |
| Geste décisif | Aérer largement pour casser la chaleur | Inspecter le revers des feuilles chaque semaine |
Prévenir les aleurodes
La prévention vise les conditions favorables au développement : aérer largement la serre, éviter l'excès d'azote (un feuillage tendre attire l'aleurode comme le puceron), inspecter les plants au revers des feuilles, et installer les pièges jaunes en veille dès le printemps. Un paillage régulier limite en prime le stress hydrique : une plante qui souffre de sécheresse encaisse bien moins bien une infestation.
Comme toujours, un potager équilibré, riche en auxiliaires et entouré de plantes répulsives, limite naturellement les ravageurs. Pour les cousins suceurs de sève, vois aussi mes guides sur les pucerons et la cochenille.
Sources
- Ephytia (INRAE), fiche « Tomate – Aleurodes » (ephytia.inrae.fr/fr/C/5133/Tomate-Aleurodes) : œuf, quatre stades larvaires et adulte ; cycle de moins de 20 jours à 27 °C et de plus de 40 jours à 14 °C pour Trialeurodes vaporariorum ; adultes de 1,1 mm (femelles) et 0,9 mm (mâles) ; aucun stade adapté à l'hiver ; panneaux jaunes englués posés au-dessus de la culture dès l'introduction des plants ; auxiliaires Encarsia formosa et Macrolophus ; populations résistantes à des insecticides.
- Ephytia (INRAE), HYPP, fiche « Trialeurodes vaporariorum » (ephytia.inrae.fr/fr/C/11697/Hypp-encyclopedie-en-protection-des-plantes-Trialeurodes-vaporariorum) : adulte d'environ 1 mm ; plus de 500 œufs pondus par femelle au cours d'une vie de 3 à 6 semaines ; cycle d'un peu moins de 3 semaines à 21-24 °C ; œufs disposés en cercle sur les feuilles lisses ; courte période de mobilité des jeunes larves ; en climat froid, présence sous serre seulement.
- Ephytia (INRAE), Biocontrol, fiche « Trialeurodes vaporariorum (Aleurode des serres) » (ephytia.inra.fr/fr/C/19179) : origine d'Amérique tropicale ou subtropicale ; plantes hôtes (tomate, aubergine, poivron, fuchsia…).
- Ephytia (INRAE), fiche « Aubergine – Aleurodes » (ephytia.inrae.fr/fr/C/26933/Aubergine-Aleurodes) : miellat et fumagine ; T. vaporariorum peut transmettre des viroses.
- Anses, E-Phy, PUCERONS CPJ, AMM 2010099 (ephy.anses.fr/ppp/pucerons-cpj) : acides gras C7 à C20 (sels de potassium), emploi autorisé dans les jardins ; usage « Plantes d'intérieur et balcons – aleurodes », 5 applications au plus, 7 jours au moins entre deux applications. Même usage pour INSECTES ET MALADIES CPJ, AMM 2010100.
- Anses, E-Phy, RAPID'TOTAL, AMM 2190811 (ephy.anses.fr/ppp/rapidtotal) : emploi autorisé dans les jardins ; usages aleurodes sur arbres et arbustes, cultures florales et rosier.
- Anses, E-Phy, LIMOCIDE-J, AMM 2200059 (ephy.anses.fr/ppp/limocide-j), PREV-GARD, AMM 2210019 (ephy.anses.fr/ppp/prev-gard), et PREV-GOLD GARDEN, AMM 2210895 (ephy.anses.fr/ppp/prev-gold-garden) : huile d'orange douce, emploi autorisé dans les jardins ; usage « Tomate - Aubergine – aleurodes », 7 jours au moins entre deux applications ; usage « Choux – aleurodes » pour LIMOCIDE-J.
- Anses, E-Phy, BOTAVER, AMM 2190143 (ephy.anses.fr/ppp/botaver) : azadirachtine et pyréthrines, emploi autorisé dans les jardins ; usages aleurodes sur cultures florales, plantes d'intérieur et balcons, et rosier.
- Anses, E-Phy, INSECTICIDE SPRUZIT AF, AMM 2090200 (ephy.anses.fr/ppp/insecticide-spruzit-af), et INSECTICIDE SPRUZIT EC, AMM 2090199 : pyréthrines, emploi autorisé dans les jardins ; usages aleurodes sur cultures florales et rosier seulement.
- Anses, E-Phy, fiches substances « huiles de paraffine » (ephy.anses.fr/substance/paraffin-oils), « vinaigre » (ephy.anses.fr/substance/vinegar) et « hydrogénocarbonate de sodium » (ephy.anses.fr/substance/sodium-hydrogen-carbonate) : aucun produit jardin à l'huile de paraffine avec un usage aleurodes parmi ceux listés ; vinaigre approuvé comme fongicide et bactéricide, bicarbonate de sodium comme fongicide. Consultation E-Phy du 29/09/2026.
