Ma première fournée de mottes a fini en miettes. J'avais pressé un terreau à peine humide, les cubes se sont effondrés dès que j'ai voulu planter les étiquettes, et j'ai passé la soirée à ramasser du terreau sur le carrelage du balcon. Le week-end suivant, j'ai recommencé avec un terreau trempé comme une pâte à crêpe épaisse. Cette fois, les cubes ont tenu jusqu'au repiquage.
Le semis en motte pressée, c'est ça : une technique de maraîcher toute simple, qui se joue presque entièrement sur la texture du terreau et sur la façon d'arroser. Sur mon balcon parisien de 6 m², elle a remplacé la plupart de mes godets et c'est devenu mon réflexe pour réussir mes semis de printemps. Voici le principe, le matériel, le pas à pas, et aussi ses limites, parce qu'elle en a.
Le semis en motte, c'est quoi ?
Au lieu de semer dans un pot, on forme un cube de terreau compacté qui tient tout seul, et on sème dedans. La motte est à la fois le contenant et le substrat. Au repiquage, on met en terre la seule motte, entière, sans jamais sortir le plant d'un pot ni démêler ses racines. On parle aussi de culture en motte pressée, une technique répandue chez les maraîchers et dans les fermes florales.
La vraie différence se passe dans les racines. Dans un godet, elles butent contre la paroi et tournent en rond : elles « chignonnent ». Dans une motte à l'air libre, la racine qui arrive au bord rencontre l'air, cesse de s'allonger et se ramifie. C'est le cernage à l'air. Tu obtiens un système racinaire dense et ramassé, qui repart très vite une fois en pleine terre.
Ce qui rend la motte unique
- Aucun contenant : le cube de terreau est le pot.
- Des racines cernées à l'air, qui se ramifient au lieu de spiraler.
- Un repiquage sans rien à dépoter : la motte entière file en terre.
Et un plant en motte, en jardinerie ?
C'est la même logique, côté vente. Beaucoup de jeunes plants de légumes, d'aromatiques ou de fleurs de massif sont vendus en motte pressée, sans godet individuel. Tu les plantes tels quels. Mon seul conseil : plonge la motte quelques instants dans une bassine d'eau avant de la mettre en terre, et ne les laisse pas traîner au soleil sur le balcon en attendant. Une motte achetée sèche vite.
Les avantages de la motte, et ses limites

Le premier bénéfice, c'est la reprise. Le plant passe de la motte au sol sans que ses racines soient dérangées, et ça se voit : pas de feuilles qui pendent le lendemain du repiquage. Viennent ensuite le zéro plastique et le gain de place.
Ce que la motte t'apporte
Les cubes se serrent les uns contre les autres sur un plateau, sans vide entre eux, ce qui fait tenir un bon nombre de semis sur une étagère. Un presse-mottes produit plusieurs mottes à la fois, d'un seul geste. Et c'est plus économique à la longue : plus de godets à racheter, laver ou jeter. Côté matériel, l'outil est en métal, souvent en acier galvanisé, et se range à plat entre deux saisons.
Ses limites, pour être honnête
Je ne vais pas te vendre la motte comme une solution miracle. Elle demande plus de temps que semer en barquette : il faut humidifier le terreau, remplir, tasser, presser. Elle exige un terreau fin, sinon les cubes cassent. Et elle sèche plus vite qu'un godet, puisqu'elle est exposée à l'air de tous les côtés. Il y a enfin le coût de départ : Jardins animés compte entre 30 et 40 € pour un bon presse-motte à main, et Terra Potager parle d'environ 40 € pour le moindre modèle, somme à doubler si tu veux deux tailles.
Mon avis : pour une dizaine de plants par an, des godets de récupération font l'affaire. Dès que tu sèmes beaucoup de salades, de choux ou de tomates, l'outil devient vite rentable.
Quel presse-mottes choisir ?

Le presse-motte est un moule à cavités qui compresse le terreau humide en cubes réguliers. Un poussoir au fond de chaque cavité laisse une petite empreinte au sommet du cube : c'est là que tombe la graine. On presse la poignée, on soulève, et une rangée de mottes se pose sur le plateau.
Deux choses décident de ton choix : la taille des cubes et le nombre de cavités. La taille détermine les légumes que tu pourras y élever ; le nombre de cavités, la vitesse à laquelle tu produis tes mottes.
| Taille de motte | Modèle courant | Cultures adaptées |
|---|---|---|
| Micro-motte de 17 mm | 20 mini-mottes par pressée | Premiers semis serrés de laitues, choux, aromatiques, à rempoter ensuite en plus gros |
| Motte de 38 mm | Modèle à main, 4 ou 5 cavités | Salades, laitues et plants de petites semences |
| Motte de 50 mm | Modèle à main, 4 ou 5 cavités | Tomates, aubergines, courges, courgettes, concombres, melons |
Pour un potager de taille moyenne, un modèle à main de 4 ou 5 cavités suffit largement. Les modèles à manche, à 12 ou 20 compartiments, se justifient quand on dépasse la centaine de semis : on travaille debout, plus vite. Sur un balcon, je n'en vois pas l'intérêt.
Mon choix si tu débutes : une motte de 50 mm si tu sèmes surtout des tomates et des courges, une motte de 38 mm si ce sont surtout des salades. Le petit presse-motte à micro-mottes vient après, quand tu veux semer serré puis rempoter. On trouve ces outils en jardinerie, chez les semenciers et dans les coopératives agricoles.
Quel terreau ou quel substrat pour les mottes ?
Tout se joue ici. Il faut un terreau à semis fin et tamisé, sans éléments grossiers : un morceau d'écorce au mauvais endroit, et le cube se fend. Un terreau bio léger convient très bien, à condition de le passer au tamis.
Pour les gros cubes où le plant va rester plusieurs semaines, il existe du terreau spécial presse-motte, plus riche en nutriments, qu'on trouve chez les spécialistes et en coopérative. Rustica rappelle qu'il est pensé pour les mottes de gros calibre destinées aux repiquages, alors qu'un semis préfère un substrat plutôt pauvre. Pour les micro-mottes, la même source conseille d'ajouter environ 10 % de terre végétale fine et tamisée, qui sert de liant.
Tu peux aussi faire ton substrat : Jardins animés propose moitié terre de jardin, moitié compost mûr, tamisés ensemble. Je le réserve aux grosses mottes de tomates, jamais aux graines fines, qui n'ont pas besoin d'autant de nourriture pour germer.
Presser les mottes pas à pas
Côté matériel : ton presse-mottes, du terreau, un bac à fond plat pour mélanger (un bac à vaisselle, pas un saladier rond) et un plateau peu profond, sans rainures au fond, pour poser les cubes. Pour ses micro-mottes, Rustica démoule même sur un lit de sable fin humidifié.
- Humidifie le terreau dans le bac, plus que pour un semis en caissette : quand tu presses une poignée, un peu d'eau doit s'écouler entre tes doigts.
- Enfonce le presse-mottes dans le tas, cavités ouvertes, et appuie jusqu'au fond du bac pour que chaque cavité soit bien remplie, sans trou d'air. Racle l'excédent avec la main.
- Pose l'outil sur le plateau, presse la poignée en le soulevant : ta première rangée de cubes est là. Place la suivante tout contre.
- Dépose une graine dans le petit trou de chaque motte, puis recouvre à peine de terreau fin.
- Couvre le plateau pour garder l'humidité jusqu'à la germination.
Une motte ratée n'est jamais perdue : tu remets le terreau dans le bac et tu recommences. Après quelques essais, tu trouves le coup de main, et ça devient presque amusant.
L'astuce des étiquettes
Une étiquette plantée dans un cube le fend en deux. J'ai perdu une rangée de laitues comme ça. Depuis, je note le plan du plateau dans mon carnet de culture, ou j'écris les noms sur le rebord du plateau.
Faire ses mottes sans presse-motte
Pas envie d'acheter l'outil avant d'avoir essayé ? Tu peux compacter ton terreau autrement. Le principe ne change pas : un cube de terreau humide, bien tassé, qui tient seul.
Trois façons d'improviser
- Le presse motte en tuyaux : deux tubes emboîtés, un gros et un plus fin. On remplit le gros, on tasse, et le petit sert de poussoir. La motte sort ronde.
- Le moule maison : tasse le terreau humide dans un bac à glaçons souple, puis démoule chaque cube.
- Le fond de bouteille coupé : tu tasses, tu retournes, tu pousses.
Ces bricolages demandent un terreau plus collant et un tassement soigné. Ils suffisent pour quelques dizaines de plants et permettent de savoir si la technique de semis te plaît, avant d'investir.
Comment arroser des semis en mottes ?
Jamais sur les cubes. Un jet d'arrosoir sur le dessus défait la motte et déterre la graine. On verse l'eau dans le fond du bac ou du plateau, et chaque cube la boit par capillarité. C'est pour ça qu'il faut un plateau, même avec une technique « sans contenant ».
Si le terreau était bien trempé au départ, tu n'as presque pas à arroser avant la levée. Ensuite, surveille la couleur : une motte qui pâlit sur le dessus a soif. Et si tu as mis trop d'eau, n'incline pas un plateau à hauts bords pour vider, tes cubes glisseraient : éponge plutôt le surplus.
Du semis au repiquage
Le bon moment, c'est quand les racines commencent à pointer sur les côtés de la motte et que le plant a ses premières vraies feuilles. N'attends pas trop : si tu laisses les racines pousser d'un cube à l'autre, il faudra les couper pour séparer les mottes, et tu perds une partie de l'avantage.
Le rempotage en motte, l'astuce des maraîchers
Pour les plants qui restent longtemps à l'abri, comme les tomates, on sème serré en mini-mottes, puis on pose la petite motte entière dans le creux d'une motte plus grosse. Certains presse-mottes ont d'ailleurs des poussoirs amovibles qui forment un trou exactement à la taille du petit cube. Le plant gagne du substrat neuf sans que ses racines soient touchées.
Le repiquage en pleine terre ou en jardinière
Humidifie la motte si elle a séché. Creuse un trou à peine plus grand qu'elle, pose-la au ras du sol, tasse doucement autour et arrose. Rien d'autre à faire. Un terreau à semis étant pauvre, j'ajoute une poignée de compost mûr au fond du trou pour que les plants transplantés trouvent de quoi pousser. Pour le détail légume par légume, j'ai écrit un guide pour repiquer les semis, et cale tes dates avec le calendrier du potager.
Pour quels légumes ?
La motte convient à presque tout, à condition d'ajuster sa taille. Les laitues, choux, betteraves, blettes, poireaux et aromatiques se plaisent en petites mottes. Les tomates, aubergines, poivrons, courges et concombres réclament de grosses mottes. Elle rend aussi service aux légumes qui supportent mal qu'on dérange leurs racines, comme le haricot et les cucurbitacées.
Ça marche aussi pour les fleurs annuelles compagnes du potager, et pour les aromatiques comme le romarin ou le thym, qu'on multiplie souvent par bouturage dans une motte. Sur le balcon, je lance mes mottes en semis en intérieur à la fin de l'hiver, près de la fenêtre, puis je les installe en jardinière quand le risque de gel est passé.
Les erreurs à éviter
Je les ai presque toutes faites, alors autant t'en épargner quelques-unes.
Les pièges classiques
- Un terreau trop sec au moment de presser : les cubes ne tiennent pas. Mieux vaut trop mouillé que pas assez.
- Des cavités mal remplies : la motte sort creuse et se casse en deux au premier arrosage.
- Le plateau oublié en plein soleil : les mottes sèchent en une après-midi.
- L'excès inverse : des mottes détrempées sous un couvercle jamais ouvert, et c'est la fonte des semis. Aère chaque jour.
Pas de serre ? Aucun souci. Je démarre mes mottes à l'intérieur, sous une mini-serre ou un simple couvercle transparent, comme dans ces petites serres de fenêtre qu'on trouve partout. Ça garde la chaleur et l'humidité jusqu'à la levée.
Sources
- Rustica, « Réaliser des semis dans des minimottes "maison" » (février 2022) : presse-motte de 20 mini-mottes de 17 mm de côté, terreau spécial presse-motte destiné aux gros calibres, ajout d'environ 10 % de terre végétale tamisée comme liant, démoulage sur lit de sable.
- Jardins animés, « Comment utiliser un presse motte pour les semis » (décembre 2020) : mottes de 38 mm et de 50 mm et légumes associés, modèles à main de 4 ou 5 compartiments, modèles à manche de 12 ou 20 compartiments, prix de 30 à 40 €, substrat moitié terre de jardin, moitié compost mûr, presse-motte à deux tuyaux.
- Jardinier paresseux, « Faire ses semis avec un presse-mottes » (février 2025) : modèles de 4 ou 5 cavités, matériel (bac à fond plat, plateau sans rainures), test de l'eau qui s'écoule entre les doigts, arrosage par le fond du plateau, poussoirs amovibles pour le rempotage en motte.
- Terra Potager, « 3 techniques de semis pour préparer ses plants au potager » (janvier 2026) : coût d'un presse-motte autour de 40 €, besoin d'un terreau fin, dessèchement et temps de fabrication.
- Le végétal c'est la vie (Val'hor), « Végétaux en motte pressée : mode d'emploi » : plants vendus en motte pressée, humidification de la motte avant plantation, racines à ne pas laisser passer d'une motte à l'autre.
