Cultiver sous serre, c'est offrir à son potager un microclimat sur-mesure : plus chaud, plus lumineux, à l'abri de la pluie et du vent. On sème plus tôt, on récolte plus tard, et on continue de manger frais quand le jardin dort sous le givre. Mais une serre ne pardonne rien : elle amplifie tout, la chaleur comme l'humidité, la vigueur comme les maladies. Voici concrètement comment t'y prendre toute l'année : quels légumes choisir, quoi semer et planter chaque mois, et comment régler la température, l'aération et l'arrosage.
Pourquoi cultiver sous serre
Le principe tient en une phrase : la paroi laisse entrer le rayonnement solaire et l'empêche de repartir. La serre se comporte comme un piège à chaleur. En journée, il fait couramment 5 à 8 °C de plus à l'intérieur qu'à l'extérieur, et bien davantage en plein soleil si rien n'est ouvert ; la nuit, cette avance fond à quelques degrés. Le sol, lui, se réchauffe plus tôt au printemps, ce qui change tout pour la germination.
Concrètement, cette culture sous serre te fait planter quatre à six semaines plus tôt au printemps et prolonger la récolte jusqu'à six semaines après les premières gelées. Elle rend aussi possibles des cultures qui échouent en pleine terre au nord de la Loire : l'aubergine réclame beaucoup de chaleur pour nouer ses fruits, le melon a besoin d'une longue période chaude, le piment d'un automne doux pour rougir. La serre permet tout simplement de déplacer son potager vers le sud, sans déménager : sous nos latitudes, c'est ce décalage qui rend possibles des légumes qu'on croyait réservés au Midi.
Une nuance capitale, pourtant : les serres piègent la chaleur, pas la lumière. La luminosité à l'intérieur reste celle de la saison, diminuée par la paroi (de 6 à 15 % pour un verre ou un film simple, jusqu'à un quart pour une double paroi), et c'est elle qui commande la croissance. C'est pourquoi une serre ne fait pas de miracle en décembre, alors qu'elle transforme littéralement les mois de mars et d'octobre. Retiens ce principe, il explique à lui seul la logique du calendrier plus bas.
Ce que la serre change vraiment
- Une saison élargie aux deux bouts : semis dès février, récoltes jusqu'aux gelées.
- Des légumes du soleil aboutis, plus précoces, plus sucrés, plus productifs.
- Un feuillage toujours sec, donc beaucoup moins de mildiou de la tomate.
- Des récoltes en plein hiver sans le moindre chauffage.
Les avantages et les inconvénients de la culture sous serre
Je préfère être honnête : une serre n'est pas une baguette magique, c'est un outil exigeant. Les avantages de la culture sous abri sont bien réels, mais chacun a sa contrepartie, et le jardinier qui l'ignore se retrouve en juillet avec des plants grillés et une invasion de mouches blanches. Voici le bilan que je dresse après plusieurs saisons d'observation, au jardin partagé du quartier.
| Poste | Ce que la serre t'apporte | La contrepartie à assumer |
|---|---|---|
| Précocité | 4 à 6 semaines d'avance au printemps | Une saison de travail qui ne s'arrête jamais |
| Chaleur | Des légumes du soleil mûrs même en climat frais | Une surchauffe brutale si tu n'ouvres pas |
| Maladies | Feuillage au sec, mildiou quasi éliminé | Air confiné : oïdium et pourriture grise s'installent vite |
| Météo | Ni pluie battante, ni vent, ni grêle | Aucune pluie non plus : tout l'arrosage à ta charge |
| Ravageurs | Limaces, oiseaux et gelées tenus à distance | Un paradis pour les aleurodes et les araignées rouges, sans prédateurs |
| Sol | Une terre qui se réchauffe plus tôt au printemps | Un sol jamais lessivé, qui se fatigue et s'appauvrit |
| Pollinisation | Fruits protégés des intempéries pendant la nouaison | Peu d'insectes à l'intérieur : il faut ouvrir ou secouer les fleurs |
Retiens surtout les deux lignes du milieu : la surchauffe et l'arrosage. Ce sont elles qui font échouer la première saison des jardiniers débutants, bien plus que le choix des variétés.
Quels légumes cultiver sous serre

Deux familles se partagent la serre : les légumes-fruits gourmands de chaleur, qui l'occupent de mai à octobre, et les légumes-feuilles rustiques, qui prennent le relais d'octobre à avril. Bien enchaînées, elles ne laissent jamais un mètre carré vide.
Tous les légumes ne tirent pas le même bénéfice de l'abri, et c'est bien là que se joue la rentabilité d'une serre. Certains légumes y gagnent une saison entière, d'autres n'y gagnent rien du tout et occupent une place précieuse. Voici comment je répartis mes cultures sous serre au fil de l'année.
Les stars de la belle saison, ce sont les légumes d'été : la tomate d'abord, qui y gagne plusieurs semaines et échappe au mildiou, puis le concombre, qui adore l'air chaud et humide. Viennent ensuite l'aubergine et le poivron, deux frileux qui ne donnent leur pleine mesure qu'à l'abri, et le melon, dont la teneur en sucre grimpe nettement à l'intérieur.
La saison froide appartient aux légumes-feuilles. La mâche semée en septembre se récolte propre et sans une trace de terre tout l'hiver, les épinards repoussent en coupes successives jusqu'en avril, la roquette échappe aux altises, et la laitue d'hiver donne des pommes là où la pleine terre ne donne rien. Le radis, lui, se glisse partout en interculture : semé fin février, il est dans l'assiette courant avril.
| Légume | Semis sous serre | Récolte sous serre | Ce que l'abri change |
|---|---|---|---|
| Tomate | Février à mars, à 20-25 °C | Juin à octobre | Plusieurs semaines d'avance, feuillage sec, mildiou écarté |
| Concombre | Mi-février à mi-mars | Juin à septembre | Fruits plus droits et bien plus nombreux |
| Aubergine | Février, à 25-28 °C | Juillet à octobre | La chaleur qu'elle réclame pour nouer |
| Poivron et piment | Février, à 25 °C | Août à octobre | Un automne assez doux pour que les fruits rougissent |
| Melon | Avril | Juillet à septembre | Des fruits vraiment sucrés en climat frais |
| Courgette | Avril | Juin à septembre | Une récolte avancée |
| Laitue | Février, puis août à octobre | Mars à mai, puis octobre à janvier | Des pommes formées là où le plein air échoue |
| Radis | Février à septembre | 4 semaines après la levée, 6 à 8 pour les semis de février | Les tout premiers radis de l'année, dès mars |
| Mâche | Août à mi-octobre | Novembre à mars | Des feuilles propres, sans terre ni gel |
| Épinard | Septembre à octobre | Novembre à avril | Des coupes successives tout l'hiver |
| Roquette | Mars, puis août à septembre | 4 à 6 semaines après le semis | Des feuilles tendres, épargnées par les altises |
| Basilic | Mars à avril | Juin à octobre | Une chaleur stable et zéro courant d'air |
Deux légumes que je garde volontairement dehors : la pomme de terre, trop encombrante pour un espace aussi précieux, et le chou, qui y attire une pression de pucerons difficile à contenir. Inutile de vouloir tout caser : mieux vaut planter peu, mais planter juste. La serre coûte cher au mètre carré, réserve-la aux cultures qui en tirent un vrai bénéfice.
Le calendrier de culture sous serre mois par mois
C'est le document que je consulte le plus souvent. Une serre bien menée n'a pas de morte-saison : chaque mois a ses semis, ses plantations sous serre et ses récoltes. Savoir quoi semer et planter au bon moment, c'est ce qui étire la saison de culture bien au-delà de la belle saison. Ce calendrier de culture vaut pour un climat de plaine tempéré ; décale-le de quelques semaines vers l'arrière en montagne ou dans le Nord, et d'autant vers l'avant sur le pourtour méditerranéen.

Fin août, la mâche est déjà semée entre les pieds de tomates encore en production. Quand les pieds seront arrachés, les jeunes pousses auront pris toute la place — c'est le semis qui décide de la récolte d'hiver.
| Mois | Semis et plantations | Récoltes | Le geste clé |
|---|---|---|---|
| Janvier | Oignon et laitue d'hiver en caissette, premiers radis sous voile | Mâche, épinard, poireau, roquette | Aérer les jours de redoux pour chasser la condensation |
| Février | Tomate, poivron, aubergine sur chaleur de fond ; radis, carotte hâtive, laitue en place | Mâche, épinard, blette, salades d'hiver | Apporter le compost et préparer les planches |
| Mars | Concombre, courgette, basilic ; repiquage des salades, petits pois | Premiers radis, jeunes pousses, roquette | Ouvrir avant 25 °C, refermer avant le coucher du soleil |
| Avril | Plantation des tomates hâtives dès que la serre reste au-dessus de 16 °C ; semis de melon et haricot | Laitues, radis, épinards, navets primeurs | Tuteurer les tomates dès la plantation |
| Mai | Plantation aubergine, poivron, concombre, melon, basilic | Salades, radis, premières fraises | Laisser la porte ouverte en journée et secouer les fleurs de tomate |
| Juin | Semis de haricot et de basilic en relais | Premiers concombres, courgettes, tomates précoces | Poser l'ombrage et supprimer les gourmands |
| Juillet | Semis de fenouil et de blette pour l'automne | Tomate, poivron, aubergine, concombre, melon | Arroser au petit matin et ventiler jour et nuit |
| Août | Mâche, épinard, laitue d'hiver, roquette entre les rangs | Pleine saison des légumes-fruits | Effeuiller le bas des tomates pour aérer |
| Septembre | Mâche, épinard, roquette, cerfeuil, oignon blanc | Tomates tardives, poivrons, melons, aubergines | Arracher les plants épuisés et semer un engrais vert |
| Octobre | Derniers semis de mâche, plantation d'ail et de salades d'hiver | Dernières tomates, blettes, roquette, radis | Nettoyer et laver la paroi pour récupérer de la lumière |
| Novembre | Plantation d'ail et d'échalote | Mâche, épinard, roquette, radis d'hiver | Pailler le sol et poser un voile à l'intérieur |
| Décembre | Repos ; semis de mâche possible sous voile | Mâche, épinard, poireau, chou d'hiver | Vérifier la structure avant les coups de vent |
Le conseil d'Andréa
Les mois qui décident de ton hiver, ce sont août et septembre. Si tu ne sèmes pas ta mâche et tes épinards en août ou en septembre, entre les pieds de tomates encore en place, tu n'auras rien à récolter de novembre à mars. Je note la date dans mon agenda chaque année, sinon je l'oublie.
Pour caler ces dates sur le reste du potager, garde mon calendrier du potager à portée de main : il croise les semis en serre et ceux de pleine terre, et t'évite de planter dehors trop tôt. Et pour sortir tes plants de la serre sans les brutaliser, mon guide pour repiquer les semis détaille l'endurcissement et la mise en terre étape par étape.
Température, aération et arrosage sous serre
Une serre, ça se pilote : c'est même toute la différence entre le jardinage en pleine terre et la conduite d'un abri. Trois curseurs seulement, mais il faut les régler tous les jours : la température, l'aération et l'arrosage. Un thermomètre à minima et maxima posé à hauteur de feuillage, à l'ombre, coûte quelques euros et t'apprendra plus en une semaine que n'importe quel guide.
Les bons repères de température
Prends la tomate, la reine de la serre : pendant la floraison, la température ne devrait pas dépasser 29 °C le jour ni descendre sous 16 °C la nuit. Au-delà, le pollen germe de plus en plus mal, et trois heures au-dessus de 40 °C deux jours de suite suffisent à faire échouer la nouaison. La règle est donc simple : aérer la serre avant d'atteindre 25 °C, jamais après. C'est le seul réflexe qui compte vraiment pour réussir sa serre.
Mes seuils d'aération, saison par saison
- Hiver : entrebâiller vers midi les jours doux, uniquement pour évacuer l'humidité.
- Printemps : ouvrir avant que le thermomètre n'atteigne 25 °C, refermer avant le coucher du soleil.
- Été : tout ouvrir en permanence, jour et nuit, et ajouter un voile d'ombrage léger : 20 à 30 % d'ombre laissent encore assez de lumière.
- En continu : viser une surface d'ouvrants d'environ 20 % de la surface au sol, portes comprises.
Si tu t'absentes la journée, un ouvrant automatique à vérin thermique se pose en quelques minutes et fonctionne sans électricité : la cire qu'il contient se dilate et pousse la fenêtre quand la chaleur monte. Il réagit avec un temps de retard, alors les jours de canicule j'ouvre aussi la porte. C'est, de loin, le meilleur investissement pour une serre amateur.
Arroser juste, sans noyer
À l'intérieur, aucune goutte de pluie n'arrive : tu es la seule source d'eau. Le bon réflexe est d'arroser abondamment mais espacé plutôt qu'un peu chaque jour, pour envoyer les racines en profondeur. Pour savoir quand y retourner, creuse un petit trou à la main : si la couche sèche dépasse 3 ou 4 cm, il est temps d'arroser.
Trois règles pour éviter les maladies : arroser le matin, jamais le soir, pour que tout soit ressuyé la nuit ; viser le pied et jamais le feuillage ; et maintenir l'hygrométrie autour de 60-70 %, car au-delà de 85 % la pourriture grise s'installe. Un goutte-à-goutte relié à un programmateur règle la question, et un bon paillage limite nettement l'évaporation.
Cultiver sous serre en hiver, sans chauffage

Inutile de chauffer pour récolter en janvier : une serre froide suffit aux légumes rustiques. Mâche, épinards, roquette, laitues d'hiver et poireaux y passent la saison à l'abri du gel direct et du vent desséchant.
Ces légumes ne craignent pas le froid, ils craignent le gel sur un feuillage détrempé et le vent. Protégés du vent, la mâche et les épinards encaissent sans broncher de vraies nuits de gel. Le secret n'est pas la chaleur mais la double protection : un voile d'hivernage posé à même les cultures, à l'intérieur de la serre, gagne encore quelques degrés, de 1 à 5 °C environ selon les conditions. Deux abris superposés, et ton potager se comporte comme s'il avait glissé vers le sud.
La contrainte hivernale n'est pas le froid, c'est la lumière : en dessous de dix heures de jour, la croissance s'arrête presque complètement. Les légumes semés en septembre ne grossissent plus à partir de novembre, ils se conservent simplement sur pied, vivants, et repartent en février. D'où l'importance capitale des semis d'août et de septembre. Pense aussi à laver la paroi à l'automne : un plastique encrassé vole une part de la lumière dont tes salades ont tant besoin. Les mêmes réflexes que pour protéger le potager du gel s'appliquent, en version confortable.
Enfin, aère même en hiver. Un jour doux et sec, la porte entrebâillée quelque temps évacue l'humidité stagnante qui fait pourrir les collets de salade. C'est l'erreur que je vois le plus souvent : des serres hermétiquement closes de novembre à mars, où tout finit en bouillie grise.
Entretenir le sol sous serre
C'est le point aveugle de la plupart des jardiniers, et pourtant tout se joue là : sans un sol riche et vivant, aucune des techniques précédentes ne donne quoi que ce soit. Un sol sous la serre n'est jamais lavé par la pluie : les sels minéraux s'y accumulent, la matière organique s'y consomme plus vite qu'en plein air à cause de la chaleur, et les mêmes familles de légumes reviennent année après année sur les mêmes mètres carrés. Résultat, une serre non entretenue perd en rendement au fil des saisons.
Ma routine tient en trois gestes. D'abord, une couche de compost mûr chaque année, épandue en février et griffée en surface sans retourner. Ensuite, un engrais vert semé dès qu'une planche se libère : phacélie ou moutarde en septembre, seigle si l'hiver est long ; on le fauche avant la floraison et on le laisse en paillage sur place. Il enrichit le sol en azote, relance la fertilité du sol et étouffe les mauvaises herbes en même temps. Enfin, une rotation des cultures stricte : jamais deux ans de suite des solanacées au même endroit, sinon les nématodes et les maladies racinaires s'installent pour de bon.
Un dernier geste, contre-intuitif mais très efficace : en hiver, si ta serre est un tunnel démontable, retire la bâche quelques semaines. Les pluies dessalent le sol et relancent son équilibre. Sinon, un arrosage très copieux à la fin de l'automne, étalé sur quelques jours, produit le même effet de lessivage.
Aménager sa serre : que mettre dans une serre de 6 m²
Posséder une serre ne suffit pas : c'est l'aménagement qui fait le rendement. Prenons une serre de jardin de 2 × 3 m, soit 6 m² au sol, comme celle du jardin partagé de mon quartier. C'est peu, et pourtant de quoi fournir de beaux compléments de légumes si l'on organise bien l'espace. Mon découpage : deux planches de culture de 80 cm de large le long des parois, et une allée centrale de 40 cm, juste assez pour circuler avec un arrosoir sans écraser les cultures.
En saison chaude, cela loge six pieds de tomates espacés de 40 cm sur la planche la plus lumineuse, et de l'autre côté deux concombres palissés, deux aubergines, deux poivrons et un rang de basilic. Les cultures hautes vont côté nord, les basses côté sud, pour que personne ne se fasse de l'ombre. En saison froide, ces mêmes planches accueillent les salades d'hiver et les radis.

Les repères d'aménagement que j'applique
- Orientation : le faîtage dans l'axe est-ouest pour une serre fixe, nord-sud pour un tunnel.
- Espacements : 40 cm entre tomates, 30 cm entre concombres, 38 à 45 cm entre poivrons, 45 cm pour un melon palissé, 90 cm s'il court au sol.
- Hauteur : viser un faîtage assez haut, sinon les plants palissés butent en juillet.
- Verticalité : palisser sur ficelle plutôt que sur tuteur, on gagne beaucoup de place.
Le type de culture que tu vises oriente aussi le choix de la structure. La serre tunnel en arceaux et bâche reste l'option la plus abordable au mètre carré et se démonte pour laisser passer les pluies d'hiver : elle convient parfaitement à un potager saisonnier. La serre en polycarbonate isole mieux et dure plus longtemps, mais s'ancre définitivement. Dans les deux cas, l'ancrage au sol n'est pas une option : une serre vide se soulève comme un cerf-volant au premier coup de vent d'automne.
Les erreurs à éviter sous serre
La plupart des échecs en serre viennent des mêmes cinq réflexes manquants. Je les liste sans détour, parce que les éviter vaut mieux que tous les traitements du monde.
Les pièges classiques de la culture sous serre
- Fermer la serre par beau temps : sous un tunnel clos, on a relevé 49 à 60 °C dès mars-avril, bien au-delà de ce que supportent les fleurs de tomate.
- Serrer les plants pour en caser davantage : l'air ne circule plus et l'oïdium s'installe très vite.
- Arroser le soir et sur le feuillage, la porte ouverte grande sur la pourriture grise.
- Remettre les tomates au même endroit chaque année, jusqu'à ce que la terre soit épuisée.
- Ignorer les premiers ravageurs : sans coccinelles ni oiseaux, une colonie de pucerons grossit à toute vitesse.
Contre les ravageurs justement, la meilleure arme reste d'ouvrir. Une serre bien aérée laisse entrer les auxiliaires, syrphes et coccinelles en tête, qui font le ménage gratuitement. Je glisse aussi quelques capucines et œillets d'Inde en bordure de planche, et une potée de basilic près de la porte : les plantes compagnes travaillent aussi bien sous la serre qu'au jardin.
La serre en version urbaine
Pas de jardin ? Toute cette logique se transpose en miniature. Sur mes 6 m² de balcon parisien, j'obtiens le même effet avec une serre de balcon à étagères ou une simple mini-serre posée sur une table : mêmes gains de précocité, même microclimat protecteur, même obligation d'aérer dès que le soleil tape. Mes tomates cerises y démarrent bien avant celles de mes voisins.
Les proportions changent, pas les principes : chaleur piégée, humidité à surveiller, arrosage entièrement à ta charge. Une mini-serre monte même plus vite en température qu'une grande, parce que son volume d'air est ridicule — la vigilance y est donc encore plus nécessaire. Pour démarrer, mon guide pour réussir ses semis te donne les gestes de base, valables sous une grande serre comme sous une caissette à couvercle.
Grande ou minuscule, la serre ne fait pas pousser à ta place : elle t'offre un climat, à toi de le régler. Ouvre plus souvent que tu ne le crois nécessaire, arrose au pied et le matin, nourris ta terre chaque année. C'est à ce prix, et seulement à ce prix, que tu pourras cultiver toute l'année et récolter douze mois sur douze.
Sources
- Légifrance, Code de l'urbanisme, articles R*421-2 et R*421-9 (legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006074075/LEGISCTA000006176110/) : châssis et serres de 1,80 m de haut au plus dispensés de formalité ; entre 1,80 m et 4 m, sur 2 000 m² au sol au plus, déclaration préalable (hors secteurs protégés).
- Utah State University Extension, Extending the Garden Season (extension.usu.edu/yardandgarden/research/extending-the-garden-season) : tunnel 10 à 15 °F (5 à 8 °C) plus chaud le jour, 120 à 140 °F (49 à 60 °C) relevés en mars-avril, voiles de 2 à 10 °F (1 à 5,5 °C) au-dessus de l'air ambiant, ombrage de 20 à 30 % compatible avec une lumière suffisante.
- Penn State Extension, High Tunnel Production (extension.psu.edu/high-tunnel-production) : plantation quatre à six semaines plus tôt qu'en plein champ, récolte prolongée jusqu'à six semaines après la première gelée.
- Michael R. Evans, University of Arkansas, Greenhouse Glazing Materials (greenhouse.hosted.uark.edu/Unit03/Section02.html) : transmission de la lumière de 88 à 94 % pour un verre simple, 85 à 87 % pour un film polyéthylène simple, 74 à 77 % en double film, environ 77 % en double vitrage, 83 % pour un polycarbonate double paroi.
- Royal Horticultural Society, Greenhouse: ventilation and shading (rhs.org.uk/garden-features/ventilation-and-shading-greenhouses) : 1 m² d'ouvrant au faîtage pour 5 m² au sol (20 %), température à garder sous 25-27 °C, ouvrants automatiques à cire lents à réagir, ombrage au strict minimum.
- University of Alaska Fairbanks Cooperative Extension Service, Pollination & Fruit Development in Tomatoes (uaf.edu/ces/publications/database/gardening/pollination-fruit-development-tomatoes.php) : sous serre, pendant la pollinisation, pas moins de 60 °F (16 °C) la nuit ni plus de 85 °F (29 °C) le jour ; vibrer les grappes florales.
- Wenjing Guan, Purdue University, Understanding High Temperature Effects on Fruit Set of Tomatoes, 26 avril 2016 (vegcropshotline.org) : trois heures au-dessus de 104 °F (40 °C) deux jours de suite peuvent faire échouer la nouaison ; germination du pollen fortement réduite au-dessus de 100 °F.
- Ohio State University Extension, Botrytis Gray Mold in Greenhouse Floral Crops, HYG-3070 (ohioline.osu.edu/factsheet/HYG-3070) : le botrytis prospère à 85 % d'humidité relative ou plus ; le garder sous 85 % donne un excellent contrôle ; arrosage par aspersion déconseillé.
- Alabama Cooperative Extension System, Greenhouse Tomato Production (aces.edu/blog/topics/crop-production/greenhouse-tomato-production/) : 16 pouces (40 cm) entre plants sur le rang ; pollinisation la plus efficace entre 60 et 70 % d'humidité.
- J. F. Harrington, Oregon State University Extension, Soil temperature conditions for vegetable seed germination (extension.oregonstate.edu/gardening/soil-compost/soil-temperature-conditions-vegetable-seed-germination) : plages optimales de germination de 60-85 °F (16-29 °C) pour la tomate, 65-95 °F (18-35 °C) pour le poivron, 75-90 °F (24-32 °C) pour l'aubergine.
- Royal Horticultural Society, fiches Grow your own (rhs.org.uk) : radis bons à récolter quatre semaines après la levée, six à huit pour les semis précoces, semis dès février sous cloche ; roquette récoltée quatre à six semaines après le semis, semée en août-septembre sous serre pour l'hiver ; laitues à couper prêtes en quatre à six semaines ; concombre sous serre semé de mi-février à mi-mars, 30 cm entre plants ; poivron 38 à 45 cm ; melon 45 cm palissé, 90 cm s'il court au sol, semé de mi-avril à mi-mai ; aubergine exigeante en chaleur ; tomates installées en serre froide quand la température reste au-dessus de 16 °C, fleurs à secouer.
- Viva Mertlich, WSU Chelan-Douglas Master Gardeners, Understanding the Persephone period to master the winter garden, 9 novembre 2022 (chelandouglas.mastergardenerfoundation.org) : sous dix heures de jour, les plantes ne poussent plus activement.
- Caroline Vorwerk, Terre Vivante, Comment prendre soin du sol sous serre ?, 21 octobre 2022 (terrevivante.org) : compost ou fumier en surface, engrais verts sous serre, arroser quand la couche sèche dépasse 3 ou 4 cm.
