L'engrais vert est une idée géniale et trop peu pratiquée : au lieu de laisser une parcelle nue, on y sème une plante qui va nourrir et protéger le sol. Ce sont des plantes semées non pour la récolte, mais pour enrichir la terre, améliorer sa structure et limiter l'érosion. Le vrai secret, c'est de choisir la bonne espèce au bon moment : je te montre comment, tableau des semences à l'appui.
Qu'est-ce qu'un engrais vert ?
Un engrais vert est une culture qu'on ne récolte pas : on sème ses graines sur une parcelle libre, souvent entre deux cultures, on la laisse pousser, puis on la fauche et on l'enfouit (ou on la laisse en paillage). En se décomposant, elle restitue au sol les éléments nutritifs puisés et nourrit sa vie. C'est l'amendement le plus naturel qui soit, produit sur place, sans sac à acheter.
Le principe est vieux comme l'agriculture, mais il n'a rien perdu de sa force. Sur mon balcon parisien de 6 m², je sème même de la phacélie dans mes grands bacs en fin de saison : trois mois plus tard, la terre est meuble, sombre et vivante, prête pour les tomates. Semer un couvert, c'est fabriquer un compost tout seul, directement dans le sol, simplement en laissant les plantes couvrir la terre à ta place, dès qu'une planche se libère.
Pourquoi semer un engrais vert
Un sol nu est un sol qui s'appauvrit : la pluie tasse sa surface, lessive ses nutriments et les adventices s'y invitent. Les avantages des engrais verts sont nombreux, et ils réparent tout ça sans la moindre fertilisation chimique. Voici ce qu'ils apportent concrètement.
Ce que l'engrais vert apporte au sol
- De l'azote : les légumineuses captent l'azote de l'air grâce à leurs nodosités. Le GRAB estime qu'un couvert de 3 tonnes de vesce à l'hectare peut remettre à disposition de 50 à 100 kg d'azote par hectare, selon le sol et le climat.
- Une meilleure structure du sol grâce au système racinaire : les racines fissurent la terre, et la biomasse enfouie attire les vers de terre, dont les galeries aèrent le sol.
- Moins d'érosion et de lessivage : la couverture végétale protège le sol nu des pluies d'hiver et retient les nitrates.
- Moins de mauvaises herbes : une planche couverte laisse peu de place aux adventices, surtout sous les espèces les plus couvrantes.
- Des fleurs pour les pollinisateurs : une planche fleurie bourdonne d'abeilles pendant des semaines.
- Une activité biologique relancée : la biomasse enfouie nourrit tout le petit peuple du sol.
Un sol couvert reste vivant et meuble, prêt à accueillir la culture suivante. C'est un pilier du sol fertile, au même titre que le compost et le paillage, et un allié idéal du potager bio.
Les trois grandes familles d'engrais verts
Avant de choisir une espèce, il faut comprendre qu'elles ne jouent pas toutes le même rôle. Elles se rangent en trois familles, chacune avec sa spécialité.

Les légumineuses : les pourvoyeuses d'azote
Trèfle, vesce, féverole, luzerne, pois, lupin : grâce à leurs nodosités racinaires, ces légumineuses fixent l'azote de l'air et le restituent au sol. Ce sont les championnes de la fertilité, mais elles poussent assez lentement. Elles sont cousines de mes fèves et de mes pois au potager.

Les crucifères : les nettoyeuses express
La moutarde blanche, le colza, la navette : ces crucifères se développent vite, produisent beaucoup de biomasse et leurs composés soufrés ont un effet désinfectant sur le sol. Côté nématodes, prudence : seules certaines variétés résistantes de cette brassicacée limitent le nématode de la betterave, les autres l'hébergent. Attention aussi à la rotation des cultures : jamais avant des choux, de la même famille, à cause de la hernie.

Les graminées et les autres : structure et vitesse
Le seigle, l'avoine et le ray-grass ont un chevelu racinaire dense qui fissure le sol et structure les terres lourdes. À part, on trouve la phacélie (hydrophyllacée mellifère, une famille où aucune plante cultivée ne figure) et le sarrasin, deux plantes vives qui se glissent facilement dans la rotation.
Le tableau des espèces d'engrais verts
Voici le cœur du guide : mon tableau de choix. Pour chaque espèce, tu trouves sa famille, sa période de semis, la dose de graines au m², la façon de le détruire et son atout principal. Les périodes de semis sont celles de la RHS. Les doses sont celles que le GRAB indique en maraîchage bio de plein champ, converties au mètre carré (10 kg/ha = 1 g/m²).
| Espèce | Famille | Semis | Dose g/m² | Destruction | Atout principal |
|---|---|---|---|---|---|
| Phacélie | Hydrophyllacée | Avril à août | 1 à 1,5 | Fauche | Mellifère, croissance assez rapide |
| Moutarde blanche | Crucifère | Mars à septembre | 1,2 à 2 | Gel / fauche | Express, effet désinfectant du sol |
| Sarrasin | Polygonacée | Avril à août | 4 à 6 | Gel / fauche | Très rapide, étouffe les adventices |
| Vesce commune | Légumineuse | Mars à septembre | 15 à 20 | Fauche | Fixe beaucoup d'azote |
| Trèfle incarnat | Légumineuse | Mars à août | 2,5 à 3 | Fauche | Azote, fleurs pour les abeilles |
| Trèfle blanc | Légumineuse | Printemps | 1 | Tonte répétée | Couvre-sol vivace, allées |
| Féverole | Légumineuse | Septembre à novembre | 20 | Fauche | Azote, décompacte en profondeur |
| Seigle | Graminée | Août à novembre | 8 à 15 | Fauche | Rustique au gel, racines profondes |
| Avoine | Graminée | Avril à septembre | 8 à 13 | Gel / fauche | Grosse biomasse, structure le sol |
| Luzerne | Légumineuse | Printemps | 3 | Fauche | Racine pivot très profonde |
Astuce : je sème rarement une seule espèce. Un mélange d'avoine et d'une légumineuse grimpante cumule les bénéfices : la céréale lui sert de tuteur, et elle nourrit le sol en retour. C'est le principe des « couverts multi-espèces » des maraîchers.
Quel engrais vert semer selon la saison
La saison de semis commande presque tout le choix. Un couvert d'hiver et un couvert de printemps ne rendent pas les mêmes services.
En automne et pour l'hiver (le grand classique)
C'est la saison reine, de la fin de l'été à l'automne, sur les planches qui se libèrent. Pour tenir jusqu'au printemps, on choisit des espèces rustiques : seigle, féverole et vesce d'hiver, éventuellement en mélange. Ces plantes couvrent le sol pendant tout l'hiver, retiennent les nitrates qui seraient lessivés et se fauchent au printemps. La moutarde, elle, est sensible au gel : semée en septembre au plus tard, elle gèle aux premières fortes gelées et forme un paillage naturel. La phacélie résiste un peu mieux au froid.
Au printemps et en été (entre deux cultures)
Sur une planche libre quelques semaines, une espèce à croissance rapide occupe utilement le terrain. Le sarrasin et la moutarde blanche donnent une végétation suffisante en 6 à 8 semaines et étouffent les herbes indésirables avant la culture suivante ; la phacélie demande plutôt deux à trois mois. On les sème une fois le risque de gel passé, et on les fauche avant la montée en graines. C'est aussi une belle façon d'occuper le sol après les petits pois récoltés en juin.
Quel engrais vert selon le type de sol
Le type de sol affine encore le choix. On adapte l'engrais vert au problème qu'on veut régler.
| Type de sol | Objectif | Engrais verts conseillés |
|---|---|---|
| Sol lourd, argileux, compact | Décompacter, fissurer | Féverole, seigle, luzerne (racines profondes) |
| Sol sableux, léger, drainant | Retenir l'eau et les nutriments | Trèfle, vesce, phacélie (biomasse dense) |
| Sol pauvre, épuisé | Enrichir en azote | Vesce, trèfle incarnat, féverole (légumineuses) |
| Sol enherbé, sali | Étouffer les adventices | Sarrasin, moutarde, seigle (forte concurrence) |
Un doute sur ta terre ? Mesure d'abord son pH du sol et observe sa texture : une terre qui colle en boule est argileuse, une terre qui file entre les doigts est sableuse. Le bon couvert compensera ce défaut au fil des saisons et améliorera durablement ta terre, bien mieux qu'un engrais qui ne fait que passer.
Quand et comment semer un engrais vert

La grande saison du semis est la fin d'été et l'automne, sur les parcelles qui se libèrent. Le geste est simple et très rapide : c'est ce qui rend l'engrais vert si accessible, même au jardinier pressé.
Semer un engrais vert en 4 gestes
- Nettoyer et griffer la surface : un coup de croc suffit, inutile de bêcher. La terre doit juste être affinée.
- Semer les graines à la volée à la dose du tableau, en croisant les passages pour une répartition régulière.
- Ratisser légèrement pour recouvrir les semences, puis tasser d'un coup de rouleau ou du dos du râteau.
- Arroser en pluie fine si le temps est sec, puis garder la terre fraîche jusqu'à la levée pour une croissance rapide et homogène.
À l'automne, ne tarde pas trop : un semis tardif ne couvrira pas le sol avant l'hiver, et après septembre seules les espèces rustiques (seigle, féverole) ont encore le temps de s'installer. Et si ta planche est envahie d'herbes, un rapide faux-semis avant le semis de l'engrais vert fera le ménage.
Faucher et enfouir l'engrais vert
On fauche avant la montée en graines (sinon la plante se ressème et devient une adventice) et avant que les tiges ne durcissent, à la cisaille, à la faucille ou à la tondeuse. Ensuite, deux options selon ta méthode.
Deux façons de rendre l'engrais vert au sol
- Enfouir superficiellement : laisse sécher les tiges hachées quelques jours, puis incorpore-les sur quelques centimètres à la grelinette. Jamais en profondeur quand la masse est fraîche, sinon la décomposition s'asphyxie, sent mauvais et peut gêner la culture suivante.
- Laisser en paillage : couche la végétation fauchée sur place, elle sèche et se décompose lentement en couvre-sol. C'est l'approche des sols vivants, sans travail du sol.
Le conseil d'Andréa
Dans les deux cas, patiente environ un mois avant de semer ou de planter la culture suivante (la RHS conseille un mois, le GRAB 30 à 50 jours entre broyage et culture suivante) : le temps que la matière commence à se décomposer et que les micro-organismes fassent leur travail. Intégré à la rotation des cultures, l'engrais vert garde le sol jamais nu, toujours nourri. Pour la suite, va voir mon guide des engrais du potager et le purin d'ortie.
Sources
- Catherine Mazollier et Hélène Védie, GRAB (Groupe de recherche en agriculture biologique), Les engrais verts en maraîchage biologique, fiche technique, 2008 (grab.fr/wp-content/uploads/2020/02/FICHE-GRAB-engrais-verts.pdf) : 50 à 100 unités N pour un couvert de 3 t/ha de vesce ; doses indicatives en kg/ha (tableau 7 : phacélie 10-15, moutarde blanche 15 et crucifères 12-20, sarrasin 40-60, vesce 150-200, trèfle incarnat 25-30, trèfle blanc 10, féverole 200, seigle ou avoine 80-130 et avoine 120, luzerne 30) ; végétation suffisante en 6 à 8 semaines pour le sarrasin et les crucifères ; crucifères sensibles au gel, hôtes de la hernie ; variétés résistantes de moutarde contre le nématode de la betterave ; phacélie assez résistante au froid, famille sans espèce cultivée ; seigle le plus résistant au froid ; broyage 30 à 50 jours avant la culture suivante, séchage puis incorporation superficielle.
- Royal Horticultural Society, « Green manures » (rhs.org.uk/soil-composts-mulches/green-manures) : périodes de semis de huit des dix espèces du tableau, reprises telles quelles (formes d'hiver pour la féverole, avoine rude pour l'avoine) ; deux à trois mois de culture avant l'enfouissement pour la plupart des espèces ; attendre un mois avant de semer ou planter ; moutarde à ne pas faire suivre de choux (hernie).
